Les deux noyades survenues aux chutes Vieux broussard, évitables ?
Sécurisation des chutes Vieux broussard :
Certaines rumeurs font état de la pose d'une signalisation relative à la dangerosité du site liée à la présence de siphons. Guyanecho.com recherche une ou plusieurs images de ce ou ces panneaux à fin de publication. Merci de les adresses à contact@guyanecho.com
Le 2 novembre 2006, deux frères jumeaux âgés de 28 ans - Laurent et Benoît POULAIN – trouvaient la mort aux chutes Vieux broussard. Ils faisaient partie d'un groupe d'une quinzaine de personnes s'étant rendues sur le site. Ce qui aurait du rester un moment agréable passé entre amis au sein d'un environnement naturel a basculé en quelques instants dans le drame. L'un d'eux enseignait à Mana. Son frère exerçait la profession d'ingénieur au Havre. Tous deux on trouvés la mort en quelques minutes, victimes d'un siphon. Compte tenu des caractéristiques des lieux, il était totalement impossible aux personnes présentes sur le site de les sauver. Les corps ont été extraits du piège mortel par une équipe du GRIMP qu'il convient de saluer ici.
Ces deux tragiques disparitions auraient-elles pu être évitées ?
Il convient je crois, d'effectuer un retour quelques années en arrière afin d'avoir une vision plus globale du contexte.
J'ai réalisé la première liaison pédestre connue de cette série de cascades à titre personnel et alors que je me trouvais en position de disponibilité administrative.
L'existence du site des chutes Vieux broussard a été portée à la connaissance des responsables dés la fin 1994.
J'ai adressé plusieurs courriers à ces mêmes responsables, courriers dans lesquels je faisais état du potentiel de cet ensemble de sites naturels en terme de tourisme et évoquais la possibilité de leur aménagement. Rien n'a été fait.
Un reportage télévisé réalisé par RFO vers 1997 a été largement diffusé sur les chaînes tant locales que nationales.
Ce site naturel est inscrit depuis la fin 2000 à la "liste des protections de monuments historiques des sites et objets mobiliers de Guyane". Donc ouvert officiellement au public et ce, notamment dans le cadre des journées du patrimoine et visites touristiques.
Que ce soit à titre individuel ou associatif, j'ai signalé les dangers dont j'avais constaté la présence sur ce site (risque de se perdre, siphons, roches glissantes). J'ai déposé dans toutes les administrations concernées un dossier relatif à la création d'un camp de brousse au grand saut Portal situé sur la crique du même nom (Projet datant de 1992 et réactualisé en juin 1998 pour y intégrer les chutes Vieux broussard). A terme, la réalisation de ce projet visait à créer un ensemble cohérent d'auberges de brousse sur divers sites naturels remarquables (Chutes Voltaire, Vieux broussard, Saut Portal, Montagne de fer. Des layons de grande randonnée devaient être ouverts et des "marathons" en pleine jungle réalisés, ce qui aurait constitué une première mondiale. La course se rait appelée MANARONI car effectuée sur un parcours reliant ces deux fleuves. Malgré de multiples encouragements et félicitations, les dossiers en question sont restés à croupir au fond des oubliettes administratives. J'ai attendu plus de sept longues années. Rien n'a été fait là non plus et je suis parti investir ailleurs. Pourtant, que de déclarations fumantes, de sifflements admiratifs, de désirs de se développer. Du vent…
Bien des années plus tard, des politiciens enfonceurs de portes ouvertes parlent de lodges en forêt. Il aura fallu en dépenser des millions pour qu'ils en arrivent à évoquer ce que nous voulions déjà réaliser plusieurs années auparavant !
Dans le même temps, les professionnels en exercice sur le terrain sont aux prises avec des difficultés énormes, dues pour l'essentiel à l'inertie ambiante. Voir dossier annexe. Ca n'empêche nullement les "responsables" de pérorer, de se pavaner dans les salons où l'on cause et face aux cameras. La part des choses :
Le gestionnaire qu'est l'ONF n'a pas signalé les dangers via une signalisation adaptée mais il faut toutefois signaler à sa décharge que contrairement à d'autres organismes il n'a pas encouragé le public à se rendre sur le site des chutes Vieux broussard. A notre connaissance et jusqu'à preuve du contraire il s'est limité à en signaler la difficulté d'accès, ce qui est largement insuffisant. Cet EPIC a pourtant fait sommairement son travail d'aménagiste sur le site des chutes Voltaire. Fosses à ordure, petits ponts, carbets, plots sur layon d'accès ont été installés. Toutefois, l'entretien actuel et passé de l'existant laisse plus que fortement à désirer. Des chablis sont présents sur le layon d'accès et sont de nature à entraver l'évacuation d'un blessé. Il en va de même pour des ponts en mauvais état. Ce service devrait programmer au minimum une opération annuelle de nettoyage juste après la période connaissant un pic relativement aux chutes d'arbres, à savoir juste après la grande saison des pluies. Rien n'a été fait.
L'état de la piste menant au camp Voltaire. C'est l'aubergiste qui a procédé lui-même à la pose de panneaux de signalisation de façon à éviter aux gens de se perdre. Quelques vieux panneaux représentant des toucans étant depuis longtemps obsolétes.
J'ai vu de mes yeux ce commerçant colmater certains passages boueux de cette piste.
J'ai tout comme lui secouru des véhicules embourbés sur cette piste.
C'est encore l'aubergiste qui a ouvert une zone de poser pour hélicoptère de façon à faciliter une évacuation.
C'est toujours ce même aubergiste qui met son téléphone satellite à disposition en cas de problème.
Le bénévolat des privés pallie donc aux graves carences des services publics. Sommes-nous dans un pays du quart monde ?
Il n'a pas été nécessaire d'attendre que le ministre du Tourisme soit un guyanais pour entendre beaucoup parler de tourisme en Guyane. Des baratins ronflants et pleins d'emphase, des discours pompeux, des études, des dépliants, des frais de fonctionnement et autres billets d'avion, il y en a eus. Il en va tout autrement des réalisations sur le terrain… On cause... Comment ne pas être quelque peu outré au constat de la faible densité des infrastructures d'accueil sur le terrain alors que la clientèle existe, est demandeuse et que l'initiative privée piaffe d'impatience, prête à s'investir ? On préfère parler casino… Tous les organismes officiels avaient connaissance de l'existence des dangers de ces sites. Tous les organismes officiels connaissaient leur forte fréquentation, le caractère croissant de celle-ci. Comment ne pas éprouver quelque colère au constat du décalage entre les budgets alloués et les réalisations sur le terrain ? Comment ne pas être plus que réservé sur la gestion de ces budgets ainsi que sur les choix et actions entreprises ?
Messieurs les "responsables", TOUT SE TIENT.
Comment ne pas songer aux aménagements qu'il aurait été possible de réaliser avec les énormes sommes gaspillées dans la boulangerie caféteria de Saül, l'église du bon pasteur et autres bouffoneries ? Comment ne pas avoir honte de cette gestion ?
C'est bien dans le tourisme vert, orienté sur l'environnement et pour le bénéfice de beaucoup via de petits projets, qu'il convient d'agir en premier lieu. Pas sur des projets somptueux, voire pharaoniques au profit d'une petite poignée d'investisseurs. Comment expliquer autrement que par une certaine incurie l'absence d'une signalisation mettant en garde les randonneurs contre des dangers connus des responsables et gestionnaires ? L'EPIC ONF qui - au nom de la recherche de profits et sur la base de compétences auto affirmées – s'est lancé (et a plus que lamentablement échoué) dans la réalisation de parcours touristiques, la formation, devrait au moins avoir procédé à cette prévention. Il est surprenant (?) de constater que rien n'a été fait en la matière par cet organisme. Il n'a pourtant pas manqué de temps pour ce faire. Se serait-il laissé charmer par le chant des sirènes du profit et aurait-il donc négligé ses missions régaliennes imposées par la Loi ? Aurait-il confondu diversification et dispersion au détriment du service public ? Rien n'est moins sûr. Il n'est pas normal qu'un service public héritier de l'Administration des Eaux & Forêts, connaissant l'existence d'un danger sur un site touristique situé sur une zone dont il est en charge de la gestion et de l'équipement, ne procède pas à la mise en place de signalisation adéquate, voire à la neutralisation des dits dangers. Il y a indiscutablement négligence.
Dans ce qui ressemble beaucoup à une gabegie plus ou moins généralisée, la responsabilité du gestionnaire qu'est l'ONF est donc lourdement engagée. Il conviendra de rechercher également les co-responsables éventuels. Il est trop facile pour ne pas dire honteux, scandaleux de tenter de se dédouaner en mettant ces drames au compte de la seule imprudence.
Les avis de leurs connaissances sont unanimes : Laurent et Benoît étaient tout le contraire de casse-cous. L'association ADEPFOM a adressé le présent courrier aux destinataires ci-dessous. Le voici dans son intégralité.
A.D.E.P.F.O.M. ASSOCIATION POUR LA DEFENSE, L'ETUDE ET LA PROMOTION DES FORETS D'OUTRE MER
Le président, 41 Lawless lake LITCHFIELD JOX-1KO Québec – Canada mjlawless@lincsat.com
Ce 07/11/2006
Monsieur le ministre du tourisme, Monsieur le préfet de Guyane, Monsieur le directeur régional de l’ONF Guyane.
Objet : Chutes Vieux broussard. Sécurisation des lieux. Références : Accident mortel sur site 02 novembre 2006. Nos courriers des 24 et 30/08/94, 16/09/94
Par courriers cités en référence, nous avons signalé la première liaison pédestre connue des chutes Vieux broussard. Depuis, plus de dix ans se sont écoulés et aucun aménagement de cette partie de site ou signalisation n’ont été réalisés. Ceci apparaît d'autant plus surprenant que celui-ci connaît une forte fréquentation, allant croissante et que nul ne pouvait ignorer. Nous estimons qu'il y a a minima carence du gestionnaire d'autant plus que cette série de cascade est intégrée depuis le 28/12/2000 à la liste des protections monuments historiques des sites inscrit et objets mobiliers de Guyane et donc ouverte de facto au public dans le cadre des journées du patrimoine et visites touristiques. Voir site : http://www.guyane.culture.gouv.fr
Depuis plus de dix ans, nous n’avons jamais manqué de signaler par tous les moyens dont nous disposions (Rapports et courriers divers, panneaux d’affichage, télévision, Internet) la présence de redoutables siphons. Malgré ceci, rien n'a été fait. L’attention de notre association est attirée par le dramatique accident survenu en date du 2 novembre 2006 sur le site des chutes vieux broussard et ayant entraîné la mort par noyade de deux personnes.
Face à cette situation que nous regrettons fortement, il nous apparaît inconcevable de maintenir en l’état des siphons ou systèmes de siphons, véritables pièges mortels à ciel ouvert, attractifs et tendus en permanence. Le plus important d’entre eux collecte une grande partie des eaux de la crique et est d’une profondeur de plus de cinq mètres. Il se présente sous la forme d’une cavité circulaire aux bords n’offrant aucune prise. L’eau y tourbillonnant génère un puissant courant entraînant vers le fond tout objet ou personne soumis à son action. L’aspect jacuzzi naturel prés d'un bassin invite fortement à la baignade et sa forte dangerosité n'apparaît pas obligatoirement au promeneur. Pire, l’érosion a créé sur la dalle rocheuse en amont un long toboggan naturel extrêmement glissant, n'offrant lui non plus aucune prise et débouchant de surcroît directement dans le siphon. Toute personne traversant sur les roches peut donc facilement glisser, être propulsée sur les parois de la cavité avant d'être absorbée. C'est bien parce qu'il n'est pas nécessaire d'avoir souhaité se baigner pour être victime de ce piège qu'une simple signalisation serait totalement inefficace. Notre association demande donc que soit immédiatement mis en place une signalisation précise à titre de première mesure d'urgence. Nous demandons également que soit très rapidement procédé à une inspection du site par des professionnels de l'art, suivie d'une sécurisation des lieux via la destruction ou l'obstruction des siphons.
Nous ne comprendrions pas que le gestionnaire ne s'implique autrement que par de simples décisions d'ordre administratif dans un domaine concernant directement la sécurité publique sur un site touristique inscrit, s'intégrant dans un ensemble constitué, appelé à connaître une fréquentation accrue et accorderons aux suites réservées à ce dossier une extrême attention.
Le Président.
Deplanque. J.
Ampliation : Presse, Réseau Internet, ad libitum.
Bien sûr, cela ne rendra pas Laurent et Benoît à leurs familles et amis. Mais ne serions-nous pas coupables de n'avoir rien fait, rien tenté pour éviter que de tels drames se renouvellent ? Devons-nous rester inactifs, sans réaction vis-à-vis de structures ayant en charge la gestion, l'aménagement de lieux que nous pouvons être amenés à fréquenter ? Demain, après-demain ce sera peut-être vous, votre collègue qui sera victime de l'inaction.
Les réactions officielles ne sont pas pour le moment - et de loin - à la hauteur de la situation. Quelle sera la conduite du gestionnaire dans les jours qui vont suivre ? L'association ADEPFOM a demandé la mise en place d'une signalisation, l'examen des sites par des professionnels de l'art et la neutralisation des siphons. L'association est et restera vigilante sur les suites données.
Selon des informations restant à confirmer, M. Léon BERTRAND, maire de Saint-Laurent du Maroni et ministre du Tourisme aurait chargé l'ONF de procéder à la sécurisation du site. Selon les mêmes sources, l'ONF devrait également procéder à un inventaire des risques potentiels existant sur ce type de site naturel fréquentés par le public. Si ces nouvelles se confirmaient, l'association ADEPFOM se féliciterait au constat que l'ONF soit amené à renouer avec ses missions de service public imposées par la Loi. L'association regrettera que pour ce faire il aura fallu deux accidents tragiques. L'association confirme par ailleurs qu'elle restera extrêmement vigilante en la matière.
27/11/2006
Une réunion aurait eu lieu à Saint-Laurent du Maroni. Participaient à cette réunion le ministre du tourisme et l'ONF. Plusieurs sujets auraient été évoqués : L'aménagement des chutes et la sécurisation du bois des malgaches. En ce qui concerne ce dernier point il paraîtrait que l'ONF va faire quelque chose...
Info à confirmer : Pour la question de l'aménagement des chutes, il serait prévu quelques équipements aux chutes Voltaire. Rien pour les chutes Vieux broussard !!!...
Des nouvelles d'ici à quelques jours. Plus que jamais la vigilance reste de rigueur. La réponse du ministére suite au courrier de notre association :
Ce site touristique naturel, très fréquenté, classé au patrimoine de Guyane est pourtant
de facto ouvert au public.
A suivre, plus que jamais.
Commentaires :
17/01/2008 - - Noyade évitable? Serait il possible que l'on arrête d'utiliser les mots "jungle" et "brousse" pour désigner la forêt ?!! Ces mots sont chargés de connotations négatives. Je suppose que vous n'en aviez pas conscience mais ces acceptions sont vraiment péjoratives. Je suis chaque fois irritée d'entendre ces mots dans les médias nationaux, mais lorsque que je les rencontre sur un site guyanais, cela m'attriste beaucoup.
Réponse : Alors là !!! Ne vous déplaise, la forêt amazonienne est une jungle et reste une jungle. La jungle guyanaise représente un pour cent de sa surface totale. Il n'y a là rien de péjoratif à utiliser cette terminologie, pas plus que celui de brousse usuellement plus consacré à l'Afrique. Le forestier que je suis est bien placé pour en parler. D'ailleurs, j'utilise plus souvent me semble-t-il le terme forêt. Mais la question n'est pas là. C'est vraiment de la fierté mal placée que de vouloir voir le mal partout et de préférence là où il n'est pas du tout. Nous continuerons donc d'utiliser à propos de la magnifique jungle guyanaise la terminologie qui s'y applique.