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GUYANECHO
Guyane, Amazonie française
Sans langue de bois ni complaisance
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Mygale sous canopée.

27/06/2007 - Lu 1886 fois
Spécial durs à cuire ou gentils inconscients : Une recette très simple de mygale (gag). A défaut utilisez une matoutou...

Spécial durs à cuire : Mygales à la braise.


Cette recette a été récemment et accidentellement révélée au grand public par une paire de mésaventuriers modernes.

Attention toutefois, cette préparation n'est pas à déguster à la maison mais loin en jungle. Il est bien connu que la mygale de ville est très loin d'avoir le fumet de celle de brousse. Tous les coureurs de jungle, les bouffeurs de chlorophylle hostile vous le diront. Une mygale, c'est sauvage. Ca n'est pas la petite araignée de vos plafonds bourgeois. C'est bien plus musclé et autrement plus brutal ! Ca vous prend à la gorge, c'est de l'Amazonie sur pattes, du concentré arachnéen d'aventure et ça doit absolument se déguster dans son environnement ! Ce dernier point est essentiel. Il ne s'agit pas de gaspiller ce bijou de gastronomie sylvestre sous prétexte d'avoir voulu – sacrilège éhonté - le consommer dans un local climatisé ! Quelle honte !

Comment apprécier la mygale ? On ne se voilera pas la face, il s'agit là d'une véritable initiation ! L'idéal pour mieux savourer une bonne Theraphosa leblondi est d'être totalement novice, absolument pas préparé à ce type d'expérience. Le choc culinaire n'en sera que plus grand. Si vous racontez partout être le descendant direct d'une longue lignée de cornacs (Après avoir vu la série Indiana Jones) vous correspondez au parfait profil de l'arachnophage. Ben oui, il n'y a pas qu'au parti socialiste que les éléphants trompent énormément… N'hésitez donc pas et rendez-vous en Guyane ! Il conviendra de s'être préalablement introduit très profondément en jungle et abstenu de toute nourriture pendant plusieurs jours.
La volonté jouera ici un rôle déterminant et il conviendra de ne pas céder à la tentation en prélevant et consommant divers mammifères tels que biches, cochons bois, tapirs et autres habitants quadrupèdes vivant en grand nombre dans cette forêt. La solution la plus sage est toute simple : Ne prenez pas d'arme avec vous ! Ne vous embarrassez pas non plus d'un téléphone satellite et d'un GPS. En effet, lorsque la faim vous tenaillera, vous pourriez être tenté de vous faire livrer une pizza par hélicoptère. Solution de facilité, dégradante et pouvant porter un rude coup à votre réputation d'aventurier. Non, ce ne serait pas sérieux !… La découverte de la mygale se prépare longtemps à l'avance et ne laisse aucune place à l'improvisation. Il est évident que pour un maximum de réussite, il faut avoir des compétences particulières. Nous l'avons déjà dit : Il s'agit d'une initiation, d'un rite.
Donc, vous en avez croisé des cochons, des biches et des singes. A aucun moment, vous ne vous êtes laissé aller et avez dédaigné ces banquets offerts par une jungle Ô combien généreuse. Une seule fois cependant, vous pourrez vous laisser tenter par un chélonien de rencontre, juste pour s'entraîner le palais. Vous avez extrait la chair de la carapace et l'avez consommée. Avec cette tortue dont vous pourrez sucer les griffes, vous en avez donc désormais terminé avec la séquence reptile, phase préparatoire indispensable avant d'atteindre le Nirvana gastronomique, l'apothéose culinaire : Une mygale sous canopée… Attention cependant ! Pour toucher enfin au but, une bonne semaine de jeune supplémentaire s'impose.

Il convient tout d'abord de faire un bilan pré dégustation afin de déterminer si vous êtes biologiquement prêt. Il est indispensable de se sentir à la fois faiblard et complètement perdu. Vous devrez avoir transpiré sang et eau, être proche de la détresse physique. La mygale sous canopée est tout sauf un délice de bourgeois, que diable ! Qu'on se le dise : Mollets de guimauve, perte de poids et crampes stomacales sont un préalable incontournable au paradis gustatif. Certains puristes n'hésitent pas à aller jusqu'au stade hallucinatoire avant de consommer. Mais il s'agit là de puristes. Certains amateurs particulièrement doués arrivent toutefois à les surpasser. Nous avons affaire dans ce cas à des héros qui s'ignorent, de véritables révélations de la débine organisée. Le cas est néanmoins très rare.
Bref, passons maintenant à la confection du plat tant convoité :

Ingrédients :

Une mygale pour deux.
Une brindille fine.
Une machette.
Un briquet.
Un peu de bois de feu.
Une solide faim.
A l'instar de la serviette dont se recouvrent la tête les amateurs d'ortolans sur canapé, le novice pourra se couvrir les yeux d'un bandana.

Capture de la mygale :

C'est l'instant sacré, celui de toutes les excitations. Agenouillé face au terrier, vous y brandouillez votre brindille afin de faire sortir l'araignée que vous assommerez délicatement d'un coup du plat de votre machette. Attention à ne pas frapper trop fort, le précieux contenu de l'abdomen risquerait de s'échapper et serait définitivement perdu. Vous choisirez de préférence un individu adulte, en bonne santé, bien dodu. Certains connaisseurs affirment que les plus velues sont les plus parfumées.

Préparation :

Soyez très prudent avec les poils urticants que projette une mygale pas complètement morte. Ce sont de véritables dards. Il est inutile de faire mariner la mygale qui doit être consommée fraîche. Par contre, il est conseillé de retirer les pinces près de la gueule de l'animal. C'est d'ailleurs la seule partie jetable. Rien ne se perd chez cet animal généreux ! Vous placerez l'araignée bien à plat sur la partie large de votre machette, les pattes en contact avec le fer préalablement chauffé à la braise.

Cuisson :

Pour assurer une ambiance vraiment exotique, se placer dans un marécage. Vous vous régalerez de l'ambiance sonore créée par les batraciens. Le grand jeu tropical, la totale, quoi…
Cuire à feu doux pendant deux minutes environ, retourner, bien tasser l'araignée sur la machette afin de bien cuire les pattes sur les deux faces et remettre au feu pendant deux nouvelles minutes.
Les pattes se détachent facilement et - détail truculent - tous les poils sont tombés.
Instant sublime, vous dégusterez en premier et en guise d'apéritif les huit pattes de l'arachnide.
Vous ne le verrez sans doute pas à cause du bandana vous recouvrant les yeux mais l'abdomen de la mygale, soumis à la chaleur, commence à se gonfler. Vous pourrez sans doute entendre un léger sifflement causé par les gaz s'échappant du ventre de l'animal. Soyez rassuré, c'est un indice de bon déroulement de la cuisson.
Une fois les pattes ingérées, arrive le grand moment, celui où vous dégusterez thorax et abdomen. Les puristes exigent que la poitrine de mygale soit cuite à cœur, bien croustillante. Ca doit craquer sous la dent. De même que pour l'abdomen vous vous assurerez que la cuisson ait totalement débarrassé l'animal de ses poils. Instant inoubliable, vous passerez sans transition du croustillant du thorax au moelleux de l'abdomen. Celui-ci devra laisser couler un jus délicat dont le fumet dépendra largement de ce qu'aura ingéré l'animal (Il peut s'agir d'un oiseau) et de son degré de digestion.

Le détail du professionnel : Généralement, plus l'animal sera dodu et plus son dernier repas sera récent.
Il n'est pas facile de discerner dans la masse abdominale l'appareil digestif de la mygale de ses proies en voie de digestion. S'il est bien cuit, l'ensemble constitue cependant une masse tendre, juteuse et délicieusement veloutée. Lécher et sucer la peau du ventre en fin de repas est un plaisir royal.
Cocktail farouche : Il n'est pas déconseillé d'agrémenter la consommation de votre mygales de quelques insectes tels que scarabées, larves de coléoptères que vous trouverez facilement à proximité du terrier. Un goût de terroir...

Réaction possible :

Chez certains citadins il a été constaté des gonflements de la langue causés par l'absorption d'une mygale mal cuite et entraînant un mutisme immédiat et durable. S'il peut apparaître souhaitable de faire goûter l'araignée à votre épouse (pour vérifier le niveau de cuisson), vérifiez toutefois si un silence soudain est du au plaisir des sens ou à une brutale augmentation de volume de la langue. Dans les deux cas le diagnostic est difficile : Yeux révulsés, rougeurs, tremblements, sifflements (admiratifs ?) respiratoires, transpiration, etc.

Variante :

Comme aiment à le dire tous les aventuriers des quartiers défavorisés : "A défaut de mygales, on mange des matoutous !"
Demandez donc aux deux derniers miraculés de la forêt guyanaise que sont Guilhem Nayral et Loïc Pillois : Toute leur vie, ils se rappelleront de cette mygale tant espérée, cuite sur la lame de leur machette et consommée dans l'angoisse la plus totale au plus profond de la jungle, les tripes nouées et le palais avide. L'aboutissement d'une longue quête ! Cette énorme araignée ventrue, velue et monstrueuse, ils l'auront savourée, dégustée, appréciée à sa juste valeur ! Pourtant - élément réducteur - eux, la jungle, ils la "connaissaient" ce qui a pu gâcher le plaisir gastronomique. Comme quoi on peut être très organisés, compétents et néanmoins gastronomes…

N'hésitez pas à les contacter pour obtenir d'autres secrets de cette préparation aussi savoureuse qu'originale.
Aller, bon appétit avec votre mygale ou matoutou sous canopée !

Observations : Certaines mauvaises langues racontent que ce plat coûterait très cher aux contribuables. Qu'on se le dise : ON S'EN BALANCE, BANDE DE RADINS !

Commentaires :

28/06/2007 - - Mygale sous canopée. Juste une petite variante : lorsque l'on mange les pattes, c'est meilleur si l'on possède une petite gousse d'ail... (comme pour le gigot).
J'ai souvenir d'avoir dégusté, sous d'autres cieux, de délicieuses brochettes de cafards, mais cela n'a rien de comparable : c'était dans un marché populaire du Viet Nam, et non en Guyane, sur un marché (et non dans la jungle profonde et mystérieuse), et je disposais d'une brochette alors que pour la mygale : NADA !!! Juste son coutelas (une lame de 70 cm est conseillée, car plus large) et les doigts...
A quand la recette de la tortue égorgée ??? Je me régale d'avance :-)

29/06/2007 - - Mygale sous canopée. Il parait que suite à cette aventure incroyable, une chaine de repas rapides américaine, a créé une nouvelle recette. En effet, elle s'est aperçu que tout simplement en retirant les pattes de ces vilaines bêbêtes, il restait alors la forme d'un steack haché à hamburger. Avec un peu de fromage sucré, une pointe de tomato K et hop le tour était joué.
L'Amazonien venait de naître....
Bon appétit
Réponse  : Ne manque que des filets d'anchois nappés de crème  Chantilly et c'est  encore plus américain. Beurk...


01/08/2007 - - Mygale sous canopée. Super bien écrit. Et les cuisses de mouches à feu farcies, vous connaissez ?

Réponse : Tu es fou ? C'est bien trop épicé ! Ca brûle la gueule...

12/02/2008 - - Mygale sous canopée.
Vous êtes des marrants , je les mange crues en les regardant dans les yeux avant NA!!!

Réponse :  J'ai essayé une fois. Derrière ses poils, le regard suppliant de l'araignée  allant être dévorée m'est absolument insupportable. Oui, c'est affreux....
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