Le camping traditionnel avec toile de tente et tapis de sol est à la fois irréaliste et fortement déconseillé en Guyane. Pour le simple touriste, construire un carbet en forêt amazonienne, c'est un peu retrouver les cabanes de son enfance. Mais, un carbet, c'est quoi ? Il s'agit d'un abri temporaire construit à partir d'éléments naturels prélevés et façonnés sur le site. Il permet notamment de se protéger de la pluie et du soleil. Pour la couverture, les bâches polyane ont remplacé les traditionnelles feuilles de palmiers. En premier lieu, des poteaux sont plantés dans le sol. Ils sont maintenus par des pièces de bois fourchues contenant la traction exercée par les hamacs accrochés à des barres de bois horizontales.
Où construire le carbet ?
HORS DE PORTEE DES ARBRES SUSCEPTIBLES DE TOMBER OU DE BRANCHES SECHES, ARRACHEES ET CONSTITUANT AUTANT DE MENACES, . Il est absolument impératif de vérifier l’état des grands arbres environnants. Se méfier de ceux ayant la fibre torse, le pied creux ou pourri. Il est rare en effet de passer une nuit en hamac sans entendre des arbres tomber. Le bord de l'eau est agréable mais plus riche en insectes et batraciens qu'une pente ou une ligne de crête. Il y fait aussi plus froid la nuit…
La construction :
Vous avez repéré le coin où vous allez carbetter. Pas de branches ou d'arbres menaçants, zone plate, peu encombrée par le sous-étage. Comme il est bien plus aisé de trouver des arbres prèexistants - de toute façon plus résistants - que de planter des poteaux, votre premiére tâche consistera à sélectionner le groupe de trois arbres formant un triangle rectangle déterminant naturellement et sans effort trois des quatre coins de votre futur abri. Ce n'est pas toujours évident de les trouver. Au pire, vous devrez planter deux poteaux... Voilà qui est fait... Coupez six solides fourches d'un minimum de 3 m. Pourquoi 3 mètres ? Parce qu'il faut que leur longueur (L) soit supérieure à la hauteur (H) des poutres horizontales x 1,414 (Racine de 2). C'est une question de résultante des forces de traction en présence. Les matheux comprendront aisément. Dans le cas qui nous préoccupe, si L = 1,414 H nous aurons un triangle rectangle isocéle avec L pour hypothénuse. Si L est de longueur supérieure à 1,414 H, la résultante des tractions excercées par les hamacs bien remplis rencontrera une opposition dirigée plus "horizontalement". Par contre, lorsque 1,414H>L >H, nous aurons une résultante opposition/traction plus "verticale" provoquant un effet de rotation et donc d'arrachement des poteaux débouchant sur un effondrement du carbet... Bref, matheux ou pas, si vous ne voulez pas vous réveiller en vrac à terre, aprés avoir pris les structures de votre carbet sur la tête, vous couperez des fourches d'une longueur au moins égale à une fois et demi la hauteur des poutres horizontales par rapport au sol. Quatre d'entre elles seront posées sur les poteaux de coin. Les deux autres, raidiront les poutres horizontales supportant bâche et hamacs. Les deux poutres horizontales longitudinales seront posées sur les deux brins des fourches dépassant des poteaux de coin. Les fourches seront légérement plantées dans le sol ou bloquées à l'aide d'un petit piquet afin d'éviter tout dérapage. Vous pourrez couper deux poutres horizontales de diamétre moindre que les précédentes, destinées aux deux largeurs du carbet et sur lesquelles vous attacherez deux longues fourches devant supporter la perche faîtiére soutenant la bâche. Une troisiéme pourra être installée au centre du carbet si celui-ci est long. Toutes seront plantées dans le sol. Il ne vous restera plus qu'à couper des tiges aux alentours. Disposées chaque 40 cm environ, celles-ci serviront à tenir la bâche et éviter la formation de poches d'eau. L'astuce du pro consistera à entailler en leur milieu d'un coup de machette. Fragilisées en cet endroit, elles se briseront partiellement lorsque vous les retournerez au-dessus de la perche faîtiére, facilitant grandement ainsi leur pose et la construction de la "charpente". Les nervures de feuilles de palmier maripa conviennent parfaitement à cette utilisation mais attention, leur base est particulièrement coupante ! Pour tendre la bâche, vous pourrez utiliser les jeunes brins souples encore présents autour de votre abri ou en planter d'autres. Relier via la ficelle ou cordelette de service les oeillets de votre toile à ceux-ci mis en tension et le tour est joué ! Souplesse, solidité, élasticité réunies devraient assurer à votre bâche une tension suffisante synonyme d'efficacité !
Le grand luxe :
Et voilà ! Vous avez passé une bonne nuit, réparatrice à souhait. Vous vous croyez sauvé. Erreur ! Vous êtes donc en forme pour réaliser les nombreuses améliorations exigées par Madame, trés soucieuse de son confort... Une table en petits rondins... Généralement aussitôt remplie par tout ce qui avait été accumulé, entassé la veille sur les poutres du carbet... Un boucan pour conserver la viande, le poisson... Trois perches en constitueront la carcasse. Un petit plateau triangulaire construit à l'aide de baguettes laissera passer la fumée. Des feuilles de whay ou de balourou serviront à recouvrir la viande qui devra être retournée périodiquement. Ne placez pas ce plateau trop prés des flammes (qui devront toujours rester modestes). C'est un boucan, pas un barbecue... Un "séche-linge"... Construction de même type que le boucan mais plus grande et recouverte plus densément de feuilles de patawa ou autres palmes de façon à assurer une bonne étanchéité de l'ensemble. De petits support pour maintenir le linge à sécher seront installés en tant que de besoin.
N'oubliez pas : Quand le bâtiment va, tout va...
Les conseils d'un vieux broussard :
Toujours construire le carbet en amont d'un saut, bien moins soumis aux inondations et montées des eaux que l'aval. Faire en sorte que les cordes des hamacs soient hors d'atteinte de la pluie et de l'eau de ruissellement en provenance de la bâche. Pour ce faire, prévoir une toiture surdimensionnée débordant les poutres du carbet d’une cinquantaine de centimètres du bord de la bâche afin d’évacuer l'eau de pluie à distance respectable. Afin d'éviter la création de poches d'eau pouvant déchirer la bâche, bien tendre celle-ci. Lui assurer une forte pente et éviter le contact avec les barres où s'accrochent les hamacs. Plus la pente sera prononcée et moins se créeront de poches. L'eau doit partir rapidement et aucun obstacle ne doit la ralentir, encore moins la bloquer. Creuser de petites tranchées autour du carbet afin de canaliser l'eau.
La vie en carbet pour les nuls :
Prévoir un arbre contre lequel seront rangées toutes les machettes. Les rivières de Guyane sont soumises à un régime torrentiel. Se méfier des crues soudaines et inattendues. J’ai connu une nuit avec réveil en sursaut de mon voisin de hamac, postérieur dans le courant… Un orage en amont avait provoqué une crue brutale de la crique sans qu’une seule goutte d’eau ne soit tombée là où nous carbettions ! Tenir compte de la soumission à ce régime torrentiel des criques lors de l'arrimage des pirogues (Longueur de corde). Sauf si vous appréciez l’esthétique d’une embarcation à la verticale et jouant au flotteur de pêche dans le courant… Choisir un site surélevé à bonne distance de la crique. Ne pas planter de pointes ou autres dangers potentiels à hauteur des visages ou sur les zones de passage. Bien couper la végétation sous le carbet. Ne pas laisser de chicots et bannir la coupe en sifflet. Désigner en aval et à bonne distance du carbet un endroit pour les latrines. Prévoir des moyens pour limiter les invasions d’insectes. Voir fichier astuce. Respecter les conseils élémentaires de prudence en matière d'armes de chasse. Ramener vos déchets non biodégradables. Brûler ceux qui sont combustibles. Commentaires :
28/12/2006 - - Le carbet.
Merci pour ces infos et pour ton site. On va tenter la construction d'un carbet dans la campagne martiniquaise. On est à la recherche d'infos sur les techniques de construction caraïbes.