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GUYANECHO
Guyane, Amazonie française
Sans langue de bois ni complaisance
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Boussoles.

03/09/2006 - Lu 2408 fois
Conseils de base et utilisation.

Foret pratique.

La vie en jungle, le matériel. La boussole.


Le risque principal en forêt guyanaise est de se perdre.
Les cas de perte en forêt ne sont pas rares. De plus, ils ne se limitent pas aux seuls néophytes pêchant par imprudence ou méconnaissance. Nombre de chasseurs ou usagers confirmés de la jungle s’égarent. Amérindiens ou bushinengués pourtant natifs de la région, grands connaisseurs du milieu forestier et habitués à y évoluer, n’échappent pas à la règle !

Le GPS est apparu il y a quelques années sur le marché. D’usage plus compliqué, il est aussi bien plus onéreux. D’autre part, ses performances se voient considérablement réduites en jungle et certains modèles ne « passent » pas la canopée. Il convient de trouver un endroit dégagé, ce qui n’est pas toujours aisé ou alors d’utiliser un ballon gonflé à l’aide d’un gaz léger et de hisser une petite antenne réceptrice des satellites, entreprise laborieuse s’il en est et faisant appel à du matériel sophistiqué… De plus, les piles ou batteries peuvent se décharger et par voie de conséquence ce matériel se révéler totalement inutile. Finalement, aussi utile soit-il, le GPS ne dispense nullement du port d’une boussole.

Les avantages de la boussole sont nombreux. Au premier rang desquels, je citerai :
La simplicité d’utilisation.
La légèreté.
Le coût minime.
La fiabilité.
L’autonomie : Nul besoin d’accessoires !
Contrairement au GPS, elle est totalement insensible à l'influence du couvert forestier.

Pour un usage courant, à savoir de brèves et peu profondes pénétrations en forêt, une simple boussole plate de type SILVA sera largement suffisante. L'utilisation de boussoles à bain d'huile est incontournable. Eviter les petites boussoles bon marché, de type boy-scout, très peu précises et se bloquant souvent.
Ne pas oublier que l'aiguille aimantée est par nature sensible aux masses métalliques. Ne pas travailler en tenant la boussole trop prés d'un fusil ou d'une machette par exemple.

Pour des actions demandant plus de précision, les boussoles de type SUUNTO sont les meilleures. Etanches pour la plupart d'entre elles, certains modéles disposent d'un éclairage intérieur du cadran se révélant fort utile en sous bois.

Peu importe que votre boussole soit graduée en grades ou en degrés. Choisir une unité avec laquelle vous êtes le plus à l'aise… Le vieux broussard pense que les grades sont plus simples à utiliser, chaque quartier étant de 100 grades, chiffre plus « rond » que les 90° du système sexagésimal.

Le nord géographique (Bord de votre carte) s'obtient en ajoutant la déclinaison magnétique au nord magnétique (Celui donné par votre boussole). La déclinaison est occidentale. Elle varie selon les lieux et dans le temps, très modiquement. Voici les données pour Cayenne Rochambeau, latitude 04°49'07"N longitude 052°21'43"W Déclinaison magnétique : 18° ou 20 grades ouest.
Par exemple, si de votre position au point de la carte où vous vous rendez, vous avez un angle de 57 grades, vous devrez ajouter 20 pour obtenir votre cap soit 77 grades.

Comment se servir d'une boussole? Il faut tout d'abord repérer le nord. Pour ce faire, aligner le bord gauche ou droit de votre carte avec la boussole sur la graduation égale à la déclinaison. Repérer sur la carte votre destination et votre point de départ. Tracer votre axe de marche (Cap). Mesurer ce dernier avec la boussole ou à l'aide d'un rapporteur. Vous obtiendrez alors votre cap « géographique ». Pour le trajet retour, il vous suffit de rajouter 180 ° ou 200 grades. Question du cancre: Je suis parti à 320 grades, quand je rajoute 200, ça me fait 520 grades! Je n'en ai que 400 sur ma boussole!!! Il faut alors en retirer 400 et dans ton cas, tu reviens à 120 grades… Si votre boussole est en degrés, en retirer ou en ajouter 360. Of course…

Des cartes récentes de l'I.G.N. aux échelles de 50.000 et 25.000° se trouvent facilement chez les détaillants. Toute la bande côtière est parfaitement cartographiée.

Les astuces de vieux broussard :

Quand je rentre en forêt à partir d'une piste et sans direction précise déterminée à l'avance, je ne tiens pas compte de la déclinaison et n'utilise que le nord magnétique. Ceci simplifie la gestion des azimuts et n'a aucune incidence sur le parcours lui-même. Par exemple, si je rentre à gauche de la piste de Paul Isnard en regardant vers sa fin, je suis en principe vers l’ouest car cette piste est globalement nord-sud.

Le coup du "génial louveteau":

Quand je dois suivre un cap de 384 grades par exemple, je place cette graduation en face de la flèche de cap (Extérieure au cadran). Ensuite, je fais coïncider l'aiguille magnétique avec l'indication nord du cadran. Je n'ai plus qu'à suivre la direction indiquée par la flèche de cap!

Maintenant, il existe des GPS. Tous ne fonctionnent pas en forêt à cause du couvert. Il est toutefois prudent de conserver une boussole au cas où… Les piles de votre GPS peuvent lâcher.

Le cas du gars qui n’a pas de chance :
Les piles de son GPS sont à genou, il a perdu sa boussole et ne dispose d’aucun point de repère. Bref, il est totalement égaré mais enfant, a pratiqué le scoutisme…
Il a une montre sur lui…
Il la règle à l’heure solaire et cherche une zone ensoleillée.
Il la positionne de telle façon que la petite aiguille (Celle des heures) recouvre son ombre.
Mentalement, il trace la bissectrice de l’angle formé par les deux aiguilles de sa montre et obtient ainsi approximativement un axe nord-sud !
De la position du soleil, il détermine aisément l’est et l’ouest.

La question du cancre désespéré :
- J’ai une montre sans aiguille, à quartz…
Réponse sur un ton exprimant la lassitude :
- Tu ramasses deux brindilles de longueur différente, les positionne comme les aiguilles d’une montre à l’heure considérée et suis la méthode simple exposée ci-dessus.
Une fois rentré chez toi, plusieurs solutions se présentent :
Tu achètes une boussole et apprends à t’en servir…
Tu ne vas plus en forêt…
PS : Inutile de changer de montre…

Les principes simples de sécurité :

Toujours signaler à sa famille, son entourage sa destination.
Savoir exactement d’où l’on part, le noter le cas échéant.
Partir du principe que la boussole a toujours raison et ne pas faire confiance à ses impressions personnelles.
Lors de la progression, vérifier régulièrement le cap.
Toujours en cours de progression, après avoir vérifié le cap, prendre des repères visuels tels que des alignements d’arbres et les suivre.
Casser en permanence des brins du sous étage qui par la différence de couleur des feuillages matérialisera aisément le chemin parcouru, surtout pour un retour nocturne.
Ne pas être avare de coups de machette qui constitueront autant de repères et ce, toujours du même côté.

A savoir :

En forêt guyanaise les points de repère tels que des arbres caractéristiques, une essence rare et parfaitement identifiée, un chablis ou autre élément particulier sont difficilement mémorisables. Sauf dans le cas d’un passage régulier sur un layon donné, il est absolument utopique d’espérer pouvoir se repérer sur la base des éléments rencontrés !
Autre donnée à intégrer : L’européen fraîchement débarqué en Guyane voit sa boussole interne totalement « déréglée » et ce, de façon significative.

En cas de perte :

S’asseoir,
Autant que faire se peut, ne pas paniquer.
Tenter de faire le point.
Matérialiser le point d’arrêt et décrire lentement autour de lui des cercles d’un diamètre croissant dans le but de trouver une trace de son passage récent.

L’astuce de vieux broussard :

Les anciennes pistes de débardage créées lors des exploitations forestières ne s’éloignent que peu (Pour des questions de rentabilité) des axes principaux. Le passage régulier des lourdes grumes débardées à l’occasion de l’exploitation a causé des dégâts à la végétation. Cela fait que le sous étage présent sur le tracé de la piste de débardage est plaqué dans le sens d’avancement des tracteurs au travail. Suivre donc le sens des tiges... Elémentaire !

Vécu :

De nuit, en compagnie d'un autre professionnel de la forêt, je me suis égaré. C'est ainsi que croyant rentrer vers la voiture, nous nous sommes retrouvés à l'autre bout du layon soit une erreur de 180° ou 200 grades... Depuis, je pense à mon - Ô combien illustre prédecesseur - que fut Christophe Colomb. Persuadé d'avoir rejoint les Indes, le pauvre avait débarqué en Amérique. Plusieurs années aprés, il est décédé en ignorant ce léger détail. Et bien moi - illustre inconnu - une histoire comme ça a plutôt tendance à me rassurer sur mes performances en terme d'orientation !