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Premiére liaison pédestre connue.

04/03/2006 - Lu 2094 fois
Compte rendu de la premiére liaison pédestre connue des chutes VIEUX BROUSSARD, série de sept importantes chutes en forêt profonde guyanaise. Rapport complet, carte, coordonnées géographiques, images.

http://www.guyanecho.com/bibliotheque/generalaerienreduit.JPG


ST LAURENT, les 24 et 30 08 94

DEPLANQUE JOËL
SONNENMOSER BERNARD
ROVERE PHILIPPE
16 Rue Victor Hugo
97320 St Laurent du Maroni.
Téléfax 19 594 34 18 06


CHUTES VIEUX BROUSSARD: RAPPORT DE RECONNAISSANCE

1°) Historique:

C’est sur la base de renseignements et observations réalisées par voie aérienne que j’ai eu connaissance de l’existence de ces chutes. Seules quelques rares personnes ayant eu l’occasion de survoler la région ont eu l’opportunité d’en révéler la présence. Aucune de mes relations, quelle que soit leur expérience en matière de forêt guyanaise ne m’a indiqué en connaître l’existence et encore moins en avoir réalisé la liaison. Il en va de même en ce qui concerne mes ex-collègues de l’Office National des Forêts Guyane au cours des onze années que j’ai passé dans ce service. A aucun moment de mon activité au sein de cette administration, l’existence de telles chutes n’a été évoquée.

Les personnes ayant survolé ces cascades font état de la présence d’un grand bassin au pied de la chute et au sein d’une zone montagneuse. Ce bassin jouxterait des falaises de granit. L’estimation approximative de leur position indique que la cascade Voltaire se situerait à mi chemin entre le camp du même nom et ces chutes. Les déclarations persistantes de témoins oculaires affirmant que ces cascades « seraient beaucoup plus prés de la piste de Paul Isnard que du camp Voltaire » m’ont porté à croire dans un premier temps à l’existence d’une troisième chute. Cependant, tant l’examen de la carte que la connaissance préalable du terrain concerné prouvent qu’aucune crique d’importance suffisante n’existe à proximité de cette piste pour venir étayer ces affirmations. A ma connaissance, aucune personne n’a réalisé de prises de vues aériennes de cette cascade.

Carte d'accés aux chutes.


Les buts de cette sortie sont à la fois simples et multiples:

a) Les plaisirs de la randonnée sportive, alliés aux satisfactions personnelles de découverte.

b) Aider et participer à la connaissance globale de cette région encore méconnue.

c) Trouver et proposer au public un produit nouveau et attrayant, typiquement guyanais, offrant aventure et dépaysement avec un minimum de risques et une faisabilité maximum, tout en demeurant sélectif et très ciblé.

d) Rédaction d’un article présentant et opposant à la fois les techniques modernes et traditionnelles de pêche à l’aymara, poisson fossile. Ce, dans les revues spécialisées et si possible dans un hebdomadaire du style de VSD.

route menant aux chutes voltaire

e) Par ce biais, aider à démystifier la forêt guyanaise et participer à l’effort entrepris localement en matière de développement touristique.



La tentative de jonction est décidée pour les 27, 28 et 29 Août 1994. Les personnes participant à cette reconnaissance sont:

BERNARD SONNENMOSER, fonctionnaire de police.

PHILIPPE ROVERE, fonctionnaire de police.

JOËL DEPLANQUE, Chef de District de l’ONF en disponibilité forcée.

M. COSTE, Pilote de la SOTRAPMAG, ayant survolé à plusieurs reprises la région, m’a gentiment communiqué les coordonnées des cascades relevées par GPS depuis l’avion de la mine:

Camp Voltaire:
Latitude: 05° 02’ 12 Cent.
Longitude 54° 04’ 95 Cent.
Nouvelles chutes:
Latitude 04° 59’ 74 Cent.
Longitude 54° 04’ 74 Centhttp://www.guyanecho.com/bibliotheque/cartereduit.JPG

Préparatifs et promesses du papier:
montagne proches des chutes
L’exploitation des coordonnées fournies indique que ces chutes se trouveraient à 4407 mètres au Sud et 388 mètres Est du camp Voltaire et donc dans un azimut de 223 grades par rapport à celui ci. Nonobstant ces données, l’utilisation du layon menant aux cascades Voltaire en facilitera l’approche.

Le layon des chutes Voltaire est long de 3300 m environ et très sinueux. Nous diviserons cette longueur par 1,5 de façon à positionner approximativement ces chutes par rapport à la piste. Nous ne disposerons pour tout document cartographique que d’une carte à la précision discutable au 1/100 000 que nous agrandirons au 1/50 000° et d’un deuxième document sommaire aimablement prêté par l’Armée (St Jean du Maroni) concernant le camp Voltaire mais dont les chutes concernées se trouveraient (de peu) hors carte. L’ONF St Laurent contacté, ne disposait pas de cartes de la région...

Selon cette première carte:

* Le camp Voltaire est à 200 mètres au Sud de la route d’Apatou et les chutes Voltaire n’apparaissent pas...
* La cascade recherchée se trouverait au pied Ouest d’une colline de 180 mètres de dénivelé.
* Un dénivelé de 50 mètres environ sur une longueur de 400 mètres, existerait sur la crique Voltaire.
* A +/- 500 mètres plus à l’Ouest de la crique principale, un affluent qui lui est parallèle est bordé à l’Ouest par une colline de 200 mètres de dénivelé environ. Ceci permet de supposer l’existence d’une nouvelle chute et confirmerait ainsi l’hypothèse évoquée plus haut. Dans le cas de réussite de la jonction, décision est prise de reconnaître cette seconde crique au niveau du massif précité.

montagne sous nuagesCompte tenu du temps qui nous est imparti et des difficultés de progression prévisibles, il est décidé de partir « Léger ». Pour les 3 jours de balade, seulement 6 boites de rations individuelles sont prévues. Le reste de la nourriture sera prélevée sur le terrain grâce aux hameçons et au seul fusil emporté. Pas de construction de carbet collectif, mais bâche polyane individuelle. Le matériel topo est limité à une boussole SUUNTO graduée en grades. Le matériel de couchage est réduit à un duvet et un hamac filet.

En cas de réussite, même si la modestie de mon épouse doit en souffrir, il est décidé de nommer ces cascades « Chutes Vieux Broussard » et de soumettre cette appellation à l’approbation de l’IGN après découverte.

Le calendrier sera le suivant:
Collecte de renseignements, étude de faisabilité, préparatifs...
27 08 1994: Départ St Laurent fixé à 05 h. Arrêt parking Voltaire. Reconnaissance, jonction? Installation d’un camp sommaire.
28 08 1994: Reconnaissance du site, pêche, jonction et reconnaissance 2° crique. Recherche autres cascades.
29 08 1994: Retour...
Rédaction rapport au vu des renseignements recueillis. Exploitation et communication ciblée des résultats éventuels.

3°) 29 08 1994/Les réalités du terrain:

La volonté de partir « Léger » se trouvera très vite relativisée. Chaque homme portera 20 Kg en moyenne. Et ceci, car:

* Volonté de laisser du matériel sur place en vue d’une jonction ultérieure.
* Marge de sécurité en nourriture établie sur la base d’une journée supplémentaire.

Samedi 27 08 1994.

Départ St Laurent à 05 h. Arrivée Camp Voltaire 7 h 30. Départ entrée layon 7 h 50. Même s’il a baissé de 50 cm pendant la nuit, le niveau de la crique est haut, suite à un orage la veille au soir. Arrivée aux chutes Voltaire à 8 h 55. Casse croûte et départ à 9h. Nous empruntons un layon matérialisé à l’aide de rubalise sur la rive gauche de la crique sur une longueur de 1000 m environ. Ce layon s’arrête au niveau d’un marécage à la végétation particulièrement dense. Nous traversons la crique à cet endroit et pour en éviter les méandres suivons le cap 167 gr jusqu’à 15 h. Deplanque est boussolier. La région traversée présente un relief relativement accidenté. Suite à une erreur de lecture du rapporteur de 20° (Par Deplanque) s’ajoutant à un mauvais positionnement des chutes Voltaire sur la carte (Point 1 au lieu de point 2), nous avons fait trop « Est » et à compter de 15 h, après discussion et vérification des calculs avec Sonnenmoser, décidons après estime de notre position de faire route au 230 gr. Nous rejoignons la crique à 16h 45, très fatigués et y établissons notre camp de base (Point 3). De notre position, nous entendons un bruit de chute lointain. A titre indicatif, la zone traversée est très pauvre foréstiérement parlant. Les arbres les plus souvent rencontrés sont des Wacapous ou des Violets. Les Angéliques sont rares et les grignons inexistants. A part une bande de cochons bois que nous ignorons vu notre charge, nous n’avons pas vu d’autres animaux. Pas d’oiseaux et très peu de graines au sol. La quantité de traces de tapirs est décevante, compte tenu de l’isolement de la région concernée. Estimation de la position établie à 200 mètres virage en épingle (Voir carte). Petit orage d’une demi-heure vers 17 h 30.



Dimanche 28 08 1994:

Départ quasiment à vide du camp à 8h. Le niveau d’eau est tombé de 30 cm environ. Nous coupons le virage en épingle au cap 220 gr. Nous trouvons rapidement et avec joie une petite chute de +/- 2 mètres de dénivelé que nous appelons « Saut Maria » et un petit bassin. Ce saut, pas plus que son bassin, ne peut être vu d’avion, ou difficilement. Sur les roches à proximité, nous découvrons et photographions des ébauches de polissoirs et également 2 grands polissoirs. N’étant pas connaisseurs en la matière, nous mettons un point d’interrogation à cette affirmation. Il conviendrait de faire expertiser par un spécialiste, la nature exacte de ces cavités. Rovére fait des essais de pêche à la mouche et à la cuillère, rate un aymara de +/- 2 kg et capture rapidement un « Coulan ». Nous constatons que le relief immédiat ne correspond pas aux indications de la carte évoquées plus haut. De toute façon, la présence d’écume à la surface de l’eau en provenance de l’amont indique de façon certaine l’existence d’autres turbulences.
http://www.guyanecho.com/bibliotheque/oliviersomariareduit.JPG
150 mètres plus en amont, nous découvrons le « Saut Philippe ». Ce dernier présente un dénivelé légèrement supérieur au précédent. Sans être un spécialiste, je pense qu’un hélitreuillage serait possible sur une masse rocheuse sise à proximité de la rive droite. Le bassin et le saut sont dominés par une trouée dans la canopée de 50 mètres de diamètre environ. Aucun polissoir n’est trouvé sur les roches environnantes, disposées curieusement tel un éboulis. De la rive gauche du bassin, part un bras de 4 mètres de large environ, créant un îlot en aval et rejoignant la crique à mi-chemin du « Saut Maria ». Rovére s’essaye à la pêche avec succès. Nous n’irons pas sur la roche citée plus haut et continuerons notre progression vers l’amont après une première reconnaissance effectuée à 2 le matin.

La végétation devient brutalement plus basse et plus rabougrie. Nous suivons sur 200 mètres environ une sorte de « Mini canon » granitique profond de +/-3 mètres dans lequel court une eau grise. Nous empruntons un passage de gibier que nous améliorons de quelques coups de sabre et nous trouvons rapidement au contact d’une petite turbulence cependant bruyante, à une vingtaine de mètres d’un virage en équerre. De notre côté, la pente est devenue trop forte pour un passage aisé. Nous traversons la crique et escaladons la rive opposée.

Soudain, le bruit du petit saut se trouve couvert par un vacarme assourdissant. A travers les olivier au saut mariaarbres courts, l’horizon devient blanc et nous devinons la présence d’une chute énorme. Arrivé en lisière, le spectacle est magnifique. Un « lac » de 70 x 40 mètres est dominé par une muraille granitique de +/-25 mètres de dénivelé sur laquelle court l’eau de la crique. La chute est d’une importance comparable à celle de Voltaire mais nettement plus jolie, car plus aérée et visible dans son ensemble. Au sommet, une ZPH semblerait aménageable moyennant une intervention minime. En effet, la végétation ne dépasse pas 5 mètres de haut et est constituée essentiellement de broussailles rabougries tirant une maigre subsistance d’un sol de moins de 10 cm d’épaisseur retenu par un important réseau de racines, constituant une sorte de tapis sur la dalle rocheuse. La trouée dans la canopée est d’environ 200 x 50 mètres en moyenne. Nous faisons des prises de vue de cette cascade. Nous l’appelons « Saut Joël ». La présence d’une pente à 45° sur la rive droite en amont révèle l’existence d’une autre chute.

http://www.guyanecho.com/bibliotheque/saujoelscanreduit.JPGEn effet, à moins de 30 mètres du sommet de la chute précédente une autre cascade est présente, beaucoup plus imposante. Un bassin de 130 x 70 mètres, au fond sableux reçoit l’eau de la chute. Le dénivelé est de plus de 30 mètres. Au sommet, nous découvrons la présence d’un « Bistouri » sur la rive gauche. L’ensemble de la trouée doit approcher les 400 mètres en tout. Nous appelons cette cascade « Saut Bernard » et arrêtons notre reconnaissance à ce niveau après en avoir escaladé le sommet qui est surmonté par quelques petits sauts. Malheureusement nous ne disposons plus de pellicule et ne pouvons réaliser de prises de vue de cette chute. Le temps nous manquant, nous ne pouvons mener à bien la deuxième partie de la mission à savoir reconnaître l’affluent de la Voltaire dont le relief traversé porte à croire à l’existence de nouvelles chutes de moindre importance.



La pêche se révèle décevante, autant par des méthodes dites modernes que plus traditionnelles. Il semble que le poisson soit, à l’instar du gibier, relativement rare dans le secteur. Peut-être n’arrive-t-il pas à remonter les chutes? Nous n’avons trouvé aucune trace de polissoirs à l’exception dle saut joelu « Saut Maria » avec la réserve apportée plus haut. Absolument aucune trace de campement, passage humain, coup de sabre, layonnage n’a été détectée. De plus, et ce n’est pas un moindre détail, les quelques vieux balatas rencontrés ne portent aucune trace de scarification. Nous pouvons donc prétendre être les premiers à avoir réalisé la jonction de ces chutes au minimum par voie terrestre. Comme indiqué plus haut, nous baptisons l’ensemble de ces cascades « Chutes vieux broussard ». Les sauts sont respectivement dénommés, d’aval en amont: Saut Maria, Saut Philippe, Saut Joël, Saut Bernard. L’ensemble des chutes s’étend sur une distance inférieure à 1 Km. Nous regagnons le camp de base en 30 minutes et y arrivons en même temps qu’un orage. Nous dressons sur papier un plan sommaire de l’ensemble des chutes.

Lundi 29 Août 1994.

Nous laissons au camp de base nos bâches polyane, de la nourriture. Le tout est accroché dans un arbre au bord de la crique. Aucun déchet non biodégradable n’est abandonné sur place. Départ du camp à 8 h au cap 380. Après avoir retouché la crique, nous prenons au 30. Le cheminement suivi se révèle beaucoup plus aisé que le tracé aller même si la fatigue accumulée se fait sentir. Nous mettons un peu plus de 5 heures pour rejoindre la chute Voltaire. En 6 heures 15, le retour est bouclé. Arrêt fraîcheur à la fois très attendu et bien mérité à l’auberge de Jacky.
image Erwig
Itinéraire conseillé:

En l’état actuel, ce parcours n’est réalisable que par des personnes en très bonne condition physique et ayant une expérience minimum de la vie en forêt guyanaise. Dans la situation actuelle, 3 jours constituent une durée trop courte pour se rendre sur place et reconnaître la zone. Le rythme imposé est en effet beaucoup trop élevé. Il n’apparaît pas souhaitable dans l’immédiat, au vu des risques encourus par des non initiés de vulgariser l’existence de ce circuit. Si l’on se place dans l’hypothèse d’un bon layonnage (Moins sinueux et plus direct que l’accès à la chute Voltaire qui serait à revoir) la liaison pourrait être effectuée en 4 heures voire 3 h 30 mn à partir du camp Voltaire. Il est évident au vu des deux trajets effectués que l’itinéraire que nous avons emprunté lors de notre retour est meilleur. En effet:
* Le terrain est pratiquement plat et la forêt plus propre.
* Ce tracé est plus direct et reste en retrait des reliefs existants plus loin par rapport à l’axe de la crique. Il permet donc d’aller plus droit avec une fatigue moindre. Bien sur, quelques criquots sont à traverser et quelques mouvements de terrain à escalader mais sans commune mesure avec les reliefs rencontrés à l’aller le 27 08 94.
* Contrairement à ce qui a été fait pour le layon d’accès à la chute Voltaire, il évite les méandres de la crique.

Cet itinéraire serait le suivant:
* A partir du carbet du haut de la chute Voltaire, suivre le layon « Rubalise » jusqu’au marécage et passer de l’autre côté de la crique.
* A partir de ce point, prendre un cap de 200 gr sur +/- 1 km et retoucher la crique.
* Partir ensuite au cap 180 avant d’arriver au virage en épingle. Le couper dés que le bruit des chutes se fait entendre et relier « A l’oreille ».

4°) Conclusions:
C’est avec une grande joie et l’impression de fouler des espaces inviolés à ce jour que nous avons réalisé la jonction pédestre de ces cascades. Egalement, la certitude de participer, dans la mesure de nos moyens, à l’essor et à la démystification de la région. Il va sans dire que l’ensemble de ces chutes, une fois que l’accès en sera réalisé, constitue un énorme attrait sur le plan du tourisme vert et un potentiel pour le développement de la région et de ce secteur d’activité économique. Surtout lorsque l’on connaît le succès remporté auprès du public par les chutes Voltaire qui restent somme toute, modestes sur le plan esthétique. Nous restons disponibles pour tout renseignement jugé utile et que nous serions en mesure de produire.

Nous adressons nos plus vifs et sincéres remerciements à M. Coste, pilote de la SOTRAPMAG, M. Le Colonel HUARD et M. Le Capitaine LENOBLE du GSMA St Jean du Maroni, pour l’assistance que chacun en ce qui le concerne a eu la gentillesse de nous apporter.


Article presse France Guyane

P.O/ Bernard. Sonnenmoser, Philippe Rovére,



Joël Deplanque.


Chutes de la Crique Voltaire
Inscription de l’ensemble constitué par le bassin versant et les chutes de la crique Voltaire,
dénommées cascades Voltaire et cascades du Vieux Broussard
ISMH par arrêté du 28/12/2000
(propriété de l’Etat)